ИНТЕРВЬЮ / INTERVIEW
ЛАЗАР ГОПИК
LAZAR GOPIK

Лазар Гопик шеф оркестра "Тройка", который на
протяжении многих лет играет в радость и удовольствие
для тех кто не может себе представить провести
приятный вечер или праздник без музыки. Среди его
поклонников были Франсуа Миттеран и Франсуаза Саган,
он играл с Диззи Гилеспи и работал с Региной. Судьба не
один раз подвергла его суровым испытаниям, но ни в его
лице, ни в улыбке полной радости не возможно был
предугадать какой-либо печали.

Lazar Gopik est le chef de l’orchestre “Troïka”, qui depuis de nombreuses années joue pour le plaisir et la joie de ceux qui ne peuvent s’imaginer passer une bonne soirée ou fêter un événement sans musique. Parmi ses admirateurs et auditeurs, il y avait le président François Mitterand, l’écrivain Françoise Sagan, il a joué avec Dizzie
Gilespi et a travaillé avec Régine. Le destin a fait subir toutes sortes d’épreuves à ce musicien, mais ni son visage, ni son sourire d’une étonnante bonté n’en laissent rien paraître.
P.R. Comment t'es-tu retrouvé en Russie soviétique? L.G. Je suis né à Marseille. Un jour, mon père a décidé de rentrer avec toute sa famille en Arménie, sa terre natale. J’étais un petit garçon et je n’avais pas du tout envie d’y aller. J’ai essayé de me cacher avant le départ, de m’enfuir de la gare, mais on m’a rattrapé et mis dans le train. La situation en Arménie était à ce moment-là lamentable. A notre arrivée, mon père comprit, qu’il avait commis une erreur, mais il était trop tard. Peu de temps après, ma grand-mère est morte, en demandant un morceau de pain, mais personne dans ma famille n’a pu lui procurer ce dernier plaisir... Par la suite, j’ai fait mes études dans une école de musique et très tôt, je me suis mis à jouer dans des orchestres, en tournées, dans des restaurants et à diverses fêtes. Je désirais plus que tout rentrer à Marseille, mais aucune occasion ne se présentait. Un jour, en jouant dans un restaurant pour touristes français, on a eu besoin d’un traducteur. J’ai accepté avec joie et, après le concert, j’ai bavardé avec un Français d’un certain âge. Je lui ai raconté mon histoire et il a promis de me faire parvenir une invitation et de m’aider à revenir en France. C’est ainsi qu’a commencé ma lutte pour le retour. Elle a débuté par des refus de visa réguliers. De nombreuses personnes faisaient des demandes pour moi et écrivaient même à Khroutchchev, mais n’obtenaient pas de réponse. Je faisais des démarches auprès des organismes compétents, mais aucun responsable ne voulait me recevoir. Puis soudain on s’est mis à me parler et à me proposer d’enseigner dans une école de musique, on m'a proposé ensuite un bel appartement dans un quartier résidentiel. On a essayé de me convaincre, que ma patrie est ici, que je suis Soviétique, que j’ai une femme Russe, ce que je savais parfaitement... que ma femme est Russe. Je répondais, que si j’avais épousé une Russe, c’est parce que j’aime les Russes, que l’Union Soviétique est ma seconde patrie, mais que quoiqu’il arrive, j'irai voir ma première patrie. Finalement on a commencé à me dire, que je pouvais partir en France, mais sans mon épouse. Ce à quoi je répondais, que si vous m’envoyez en Sibérie, elle est prête à m’y accompagner, et si c’est en France, je n’irai qu’avec elle. Toute cette histoire durait depuis longtemps et je n’en voyais toujours pas la fin. Lorsqu’un jour j’ai décidé d’aller à la Mairie. Tous ces dirigeants du Parti me connaissaient très bien et savaient, que la ville entière m’appréciait et me respectait. Je suis venu à la fin de leur réunion, j' ai pénétré dans la salle où ils délibéraient et je me suis dirigé droit vers le Premier Secrétaire. Naturellement, on m'a immédiatement arrêté et on m’a demandé : Lazar, pourquoi es-tu venu ici, que te faut-il? Je les ai regardés et j'ai dit: “Vous êtes tous chez vous à la maison, pourquoi ne puis-je pas y retourner, moi? Laissez-moi partir dans mon pays natal”. Au bout d’un certain temps, on m’a fait venir et on m’a dit de “ficher le camp” et de quitter la ville le plus rapidement possible. C’était en octobre 1965 à Sotchi. Je suis enfin arrivé à Paris et j’ai téléphoné à ce Français, qui m’avait envoyé une invitation. Il m’a reçu dans sa superbe maison et m’a proposé de devenir représentant dans son usine. Mais j’ai refusé très courtoisement, en lui expliquant que je suis un musicien et que je veux exercer le métier que j’aime. Malheureusement, mon épouse est morte tout de suite après notre arrivée. Sa mort a été un coup dur pour moi. Mais la vie continuait, comme on dit trivialement dans ce cas, j’ai trouvé du travail dans un restaurant russe à Pigalle. C’était un endroit remarquable. Jamais durant toute ma vie, je ne me suis senti aussi bien que dans cette maison et je n'ai mangé une aussi bonne cuisine. Des gens très connus y venaient. Le célèbre ecrivain Joseph Kessel y déjeunait trois fois par semaine. Jean Marais, Eddie Barclay, l’acteur Michel Piccoli, la chanteuse Juliette Gréco, Françoise Sagan, écrivain renommée, et toute l’ancienne émigration aristocratique y dînaient souvent. Dans cette délicieuse maison, en jouant pour de vieux émigrés russes, j’ai appris des romances, qui avaient cent ans. Sandra Chouvalova, qui connaissait 500 romances, et Georges Ivanov, dont le répertoire pouvait faire des envieux, chantaient avec nous. P.R. Dans quels autres restaurants et cabarets as-tu joué à ce moment-là à Paris? L.G. Je n’aspirais pas tellement à jouer dans des cabarets comme “Raspoutine”, “L’étoile de Moscou”, “Le tsarévitch”, etc., car on y était mal payé. A cette époque, à Paris, il y avait une douzaine de restaurants russes. J’ai joué presque dans tous. “La proie”, “Chez Karpoucha”, “Kalinka” et “Shéhérazade” m’ont le plus marqué. A commencé ensuite pour moi une période de contrats internationaux. J’ai joué à Téhéran, à Beyrouth, à Hong-Kong, à Londres, en Egypte au mariage de la petite-fille de Nasser, puis pour le président Moubarak. Quand ce dernier venait à Paris, nous jouions pour lui à l’hôtel Ritz, et il s’est avéré, qu’il parlait le russe, car il avait fait ses études à Moscou. Je lui parlais personnellement et il ordonnait qu’on nous assoit à sa table. Ma seconde épouse, la chanteuse Marylia Poplovska m’accompagnait dans tous ces voyages. J’ai joué avec grand plaisir au mariage du célèbre homme d’affaires et écrivain Paul-Loup Sullitzer. On m’a invité à jouer à des soirées, auxquelles assistaient les Rothschild et des hommes politiques comme Jacques Chirac, Giscard d’Estaing, Charles Pasqua qui n’oubliait jamais de me demander comment cela allait, Beregovoy, Léotard dans le restaurant réputé “Le doyen”. Pendant trois ans, j’ai été chef d’orchestre chez la célèbre Régine. J'y ai joué pour Mitterand avec qui je conversais souvent. Des célébrités, telles que Charles Aznavour, Antony Queen et Omar Sharif y venaient. P.R. Après une telle expérience de travail chez diverses célébrités, on ne t’invite certainement plus comme musicien, mais en tant qu’ami. L.G Mon orchestre compte parfois plus de 30 amis. P.R. Pour qui joues-tu actuellement? L.G. Il y a quelques jours, je suis revenu de Suisse, où j’ai joué pour le mariage d’une famille très riche. Dans quelques jours, je vais jouer à l’hôtel “Concorde”. Ensuite chez “Ivan”, ce restaurant parisien réputé, fréquenté par un public célèbre et très raffiné. Je joue souvent chez Bocuse, le cuisinier le plus renommé de France, qui est toujours entre deux avions, car il a tellement d’obligations, que le temps lui manque pour tout faire... On l’attend même aux Etats-Unis, où il enseigne l’art culinaire. J’ai joué la dernière fois chez Bocuse, quand tous les plus grands cuisiniers européens se sont réunis chez lui. P.R. Quelle histoire drôle de ta vie de musicien peux-tu nous raconter? L.G. Un jour, j’ai dû jouer à une soirée. Deux hommes étaient assis près de la scène. Sur scène nous étions trois : le violoniste, le guitariste et moi, le contrebassiste. Au moment de la pause, le premier s’adresse au deuxième et lui dit: “Le guitariste joue bien”, et l’autre de lui répondre, en me montrant: “Le joueur de trombone n’est pas mal non plus...”
П.Р. Каким образом ты оказался в советской России? Л.Г. Я родился в Марселе. Однажды мой отец решил со всей семьёй переехать на родину в Армению. Я был мальчишкой и ехать мне туда совсем не хотелось. Пытался прятаться перед отъездом, сбежать на вокзале, но меня поймали и посадили в поезд. Положение в это время в Армении было плачевным. По приезду мой отец понял, что совершил ошибку, но было уже поздно. Через некоторое время умерла бабушка, прося перед смертью кусочек хлебе, но никто в моей семье не мог ей его дать... В последствии я окончил музыкальную школу и очень рано стал играть в оркестрах, на гастролях, в ресторанах и на различных праздниках. Очень хотелось вернуться в Марсель, но возможности не представлялось. Однажды играя в ресторане для французских туристов понадобился переводчик. Я с радостью согласился и после концерта разговорился с одним пожилым французом. Рассказал ему мою историю и он пообещал мне передать приглашение и помочь вернуться во Францию. Таким образом началась моя борьба за возвращение. А началась она с регулярных отказов в визе. За меня просили многие, даже писали письма Хрущёву, но никаких ответов не приходило. Я ходил в соответствующие организации с просьбами и за ответами, но никто из начальства не хотел со мной встречаться. Затем со мной вдруг заговорили и стали предлагать работать в музыкальной школе, затем предлагали хорошую квартиру в привилегированном районе. Убеждали, что моя родина здесь, что я советский человек, жена у меня русская, что я сам хорошо знал... какая у меня жена. Мне приходилось отвечать, что если я женился на русской, значит русских люблю, что Советский Союз моя вторая родина, но что всё равно хочу посмотреть на мою первую родину. Наконец мне стали говорить, что я могу поехать во Францию, но без жены... На что я отвечал, куда бы вы меня не отправили в Сибирь или во Францию, она со мной туда поедет. Вся эта история очень долго длилась и конца ей было не видно до одного дня, когда я решил пойти в Горисполком на их собрание. Все эти партийные руководители очень хорошо знали, что весь город ко мне хорошо относился и уважал. Я пришёл к концу их совещания, зашёл в зал где они заседали и направился к самому главному секретарю. Меня конечно же остановили и спросили, Лазарь почему ты пришёл сюда, что тебе нужно? Я посмотрел на них и сказал: “ Вы все у себя дома, почему я не могу поехать к себе домой? Пустите меня на родину.” Через некоторое время меня вызвали и сказали чтобы я убирался и ноги моей в городе не было через несколько дней. Было это в октябре 1965 года в Сочи. Наконец я приехал в Париж и позвонил тому Французу который мне сделал приглашение. Он меня принял в своём шикарном доме и предложил работать представителем на своей фабрике. Но я очень любезно отказался объяснив, что я музыкант и хочу заниматься любимым делом. К несчастью, сразу после нашего приезда умерла моя жена. Её смерть для меня было сильным ударом. Но жизнь продолжалась, как тривиально говорят в таком случае и очень быстро я устроился играть в русский ресторан, который находился на Пигале. Это было замечательное место. Я никогда в жизни так хорошо себя не чувствовал в этом доме и так вкусно не ел. Туда приходили очень известные люди. Три раза в неделю обедал знаменитый писатель Жозеф Кессель. Часто приходил Жан Марэ, Баркле, актёр Пиколи, певица Жюльет Греко, известная писательница Франсуаза Саган и вся старая аристократическая эмиграция. В этом прелестном доме, играя для старых русских эмигрантов я выучил романсы, которым было по сто лет. С нами пела Сандра Шувалова, знавшая 500 романсов и Жорж Иванов у которого был такой репертуар, о котором многие могли позавидовать. Р.П. В каких других ресторанах и кабаре ты играл в те времена а Париже? Л.Г. В таких кабаре как “Распутин”, “Звезда Москвы”, “Царевич” и другие. Но в кабаре я не очень стремился играть, поскольку в таких местах платили плохо. По тем временам в Париже было около двенадцати русских ресторанов. Почти во всех я играл. Больше всего мне запомнились “Корчма”, у “Карпуши”, “Калинка” и “Шехерезада” Затем у меня наступила эпоха международных контрактов. Я играл в Тегеране, в Бейруте, в Лондоне, в Египте на свадьбе внучки Насера, затем для теперешнего президента Мубарака. А когда Мубарак приехал а Париж, то мы играли для него в ресторане гостиницы Риц и выяснилось, что он говорит по-русски, так как учился в Москве. Я с ним лично разговаривал и он дал указание посадить нас за свой стол. Во всех этих путешествиях меня сопровождала моя вторая жена, певица Марыля Повловска. С большим удовольствием я играл на свадьбе известного бизнесмена и писателя Поля Сулидзера. Меня приглашали играть на вечера, где были Ротшильды, такие правительственные лица как Жак Ширак, Жискар де Стен, Береговой, Леотар, Пасква, который никогда не забывал у меня спросить как дела. В таком известном ресторане как “Лё Дуаен”. На протяжении трёх лет я проработал директором оркестра у знаменитой Режин. У неё я играл для Франсуа Миттерана, с которым часто беседовал. Там бывали такие знаменитости как Азнавур, Антони Квин, Омар Шериф. Р.П. После такого опыта работы у различных знаменитостей, тебя должно быть уже не приглашают как музыканта, а как друга? Л.Г. Мой оркестр порой насчитывает более 30 друзей. Р.П. Для кого ты играешь в настоящие время? Л.Г. Несколько дней тому я вернулся из Швейцарии где играл на свадьбе для очень богатой семьи. Через несколько дней буду играть в гостинице “Конкорд”. Затем “У Ивана”, в знаменитом парижском ресторане, в котором бывает очень изысканная и знаменитая публика. Часто я играю у Бокюса, самого известного и знаменитого повара Франции, которого всегда ждёт самолёт, так как у него столько обязанностей, что другим образом ему не успеть... Даже в Америке его ждут, где он преподаёт кулинарное Искусство. Последний раз я играл у него, когда самые известные европейские повара у него собрались. Р.П. О какой смешной истории в твоей музыкальной жизни ты можешь с нами поделиться? Л.Г. Как то мне пришлось играть на одном вечере. Рядом со мной сидели двое мужчин. На сцене нас было трое: скрипач, гитарист и я контрабасист. В момент паузы, один из сидящих обращается к другому и говорит: “Хорошо играет гитарист”, а другой, показывая на меня, ему отвечает: “Тромбонист тоже хорошо играет...”