ТЕАТР / THEATRE
НАТАЛЬЯ ЗАХАРОВА
NATALIA ZACHAROVA
"История Захаровой" известна всем русским не только Франции где она началась, но и далеко за её пределами. Но мало кому на Западе известна её головокружительная русская карьера. Когда мы предложили Наташе сделать с ней интервью она ответила : "У меня всё есть" и вскоре мы получили готовый текст (страницы из готовящейся к печати книги) и прекрасные фотографии Евгении Минкович. Вот так бы со всеми, подумали мы, за нами только публикация :))
"Histoire Zacharova" est conue de tous les russes que ce soit en France ou hors de ses frontières. Mais en dehors de la
Russie sa carrière vertigineuse est peu connue. Quand nous avons proposer à Natacha de faire une interview, elle nous
à repondu "j'ai tout ce qu'il faut" et nous avons reçu le texte déjà fait (extrait de son futur livre) et de très belles photos
d'Evgenia Minkovitch. Si c'était pareil avec tout le monde, il nous resterai qu'à publier :))
MOSCOU-PARIS INTERVIEW « L'or rouille, l'acier et le marbre se dégradent,Tout est voué à disparaître, La chose la plus solide au monde est la tristesse, Et celle qui dure le plus - la parole qui porte » Anna Akhmatova   Elle est belle. En plus, elle est séduisante et énigmatique, tel était le titre d'une interview que j'ai accordée à un journaliste russe, il y a dix ans. Natalia Zacharova est une jeune star de MCHAT qui se trouve boulevard Tverskoï, elle est animatrice d'un programme : Les star d'Eros, elle est aussi un modèle du photographe Gounard Byndé, diplomé du concour des lecteurs. Sans doute personne ne lis Bounine mieux qu'elle. Son appartement est toujours rempli de fleurs. Elle a reçue beaucoup de compliments de la part de I.Smoktounovskiï, B.Messerer, C.Iourskiï, I.Bachmet, C.Richter... Elle ne se presse pas pour parler de son arbre généalogique. Quelque part je la comprend. La chose principale c'est elle. Natalia, commençons par ton enfance. côté paternel, tu es une Zakharova. Et côté maternel ?   Le nom de famille de mon grand-père est Nazarov.  Avec sa femme, Alexandra Stepanovna ma grand-mère, ils ont vécu une vie longue et intéressante. Nés au XIX siècle, ils ont mis au monde 9 enfants. A l'âge de 16 ans, ma grand-mère, issue d'une famille aisée, a épousé par amour un révolutionnaire âgé de 32 ans, cadre des chemins de fer... Il avait déjà un passé agité : prisonnier au Japon (où il a été torturé), combattant sur plusieurs fronts, décoré de nombreuses distinctions. Quand il est mort, à 90 ans, les petits coussins de velours, sur lesquels étaient exposées ses décorations, ne pouvaient pas accueillir toutes ses médailles. Le jour du mariage, pour ne pas avoir l'air trop vieux à côté de sa jeune fiancée, il s'est présenté à l'église le crâne rasé. Une surprise qui a profondément attristé ma grand-mère, car son crâne- brillant comme un samovar, tranchait avec la beauté de sa jeunesse! À l'époque, VIadimir Maiakovski, Iossif Mandelschtam et Milkhail Boulgahov avaient le crâne rasé. Et mon grand-père voulait être à la mode. Je me souviens bien de leur grand appartement un premier étage, dans une maison avec jardin, où ma grand-mère cultivait des fleurs. Comme je grandissais sans mon père, mes tantes et mes oncles prenaient soin de moi et me gâtaient en m'offrant de somptueux manteaux, des chaussures et des robes venant de Kaliningrad «l'allemande ». Tout cela était beau, cher et confortable. Je me souviens qu'au collège, j'étais toujours, habillée de façon élégante. Ma grand-mère surveillait mon allure et mes manières. « Tiens-toi droite », était sa phrase préférée. « Une jeune fille doit avoir une allure belle et gracieuse ». Quand j'ai lu pour la première fois la nouvelle d'Ivan Bounine Le Souffle léger, son héroïne m'a parue très proche et familière. Je n'aimais pas jouer avec mes poupées, mais j'adorais les livres. Je m'ennuyais d'eux comme s'ils étaient des personnages familiers. Souvent, la nuit, je lisais sous ma couverture, avec une petite lampe appartenant à mon grand-père. Le lendemain, je piquais du nez au petit- déjeuner et ma grand-mère me demandait si je n'étais pas malade. Natacha, quand as-tu découvert ta vocation artistique ?   Sans doute à l'école primaire. En dehors de mes cours de gymnastique artistique et mes cours de dessin et de danse, je répétais déjà avec mes camarades de classe. Mon premier spectacle, je l'ai mis en scène à neuf ans.  Ce fut Cendrillon. Où avez-vous joué ce spectacle ? Dans la cour de l'école. Le préau nous servait de salle de répétition. J'étais le metteur en scène. Pour une raison que j'ignore, mes camarades m'obéissaient spontanément. Du coup, nous avons répété pendant des heures ! Puis, nous sommes allés chez moi pour dessiner les costumes et nos coiffures. C'est là que nous fabriquions, avec de la colle et des ciseaux, des couronnes et des ceintures de papier. Notre maison se transformait en décor de théâtre. Ma famille possédait une vieille valise de bois énorme, héritée de ma grand-mère. Elle était, pleine de tissus, de vieux vêtements, de sacs et de chapeaux. Avec quel plaisir je fouillais là-dedans! A 14 ans, j'avais presque lu tous les classiques russes : Dostoïevski, Tchekhov, Tolstoï, Kouprine, Pouchkine. En huitième (l'équivalent de la troisième en France), mon école a organisé une soirée Pouchkine. À cette occasion, la principale m'a demandé de réciter des poèmes. J'ai choisi la lettre de Tatiana d'Eugène Onéguine. Pour le rôle, j'ai trouvé une robe bleu foncé de ma grand-mère et un châle blanc en dentelle. Nous avons astiqué nos chandeliers anciens en argent, nous avons aménagé la chambre de Tatiana et devant ces chandeliers et une salle plongée dans le silence, j'ai récité: Je vous écris, qu'est-ce que je peux faire de plus... Ce furent mes premiers salons littéraires et musicaux.   Quand et comment ta carrière artistique a-t-elle commencé ? Un jour d'été, je suis allée à Saint- Pétersbourg (à l'époque Leningrad) chez ma cousine. Livrée à moi-même, je me promenais à longueur de journée dans cette ville merveilleuse. J'ai visité ses musées, ses parcs, l'amirauté... Au cours d'une promenade; une femme m'a abordée, avenue Nevski. Elle était l'assistante d'un metteur en scène qui travaillait au studio Lenfilm. - Nous cherchons l'héroïne principale, qui doit être très belle, d'un film musical. Savez-vous danser, chanter? m'a-t-elle demandé. - Bien sûr! Mais quel est le titre du film ? - Magnifique Visage, m'a-t-elle répondu. Voulez-vous faire un essai ? - En principe, je dois passer le concours du LGITMIK (1)  ai-je répondu. Quand a lieu le tournage ? - Dans quelques jours. Voici mon numéro de téléphone. J'espère que vous viendrez ! Quelques jours plus tard, j'ai été retenue pour mon premier grand rôle au cinéma et après avoir passé mes examens d'art artistique, je suis partie sur le tournageà Priosersk, un endroit superbe au bord d'un lac, dans la région de Saint-Pétersbourg. Le jour de l'oral de mes examens d'histoire,  une averse de grêle s'est abattue sur la ville. En plein été ! La grêle a vite recouvert la route de grêlons sur lesquels notre voiture patinait. Du coup, je suis arrivée en retard, à l'examen, et le jury n' a pas manqué de me dire : - Mais ma petite, vous tournez déjà ! Et avant de passer votre concours d'entrée ; Et de plus vous arrivez en retard ! Ce n'est pas ma faute ! C'est la grêle qui m'a retardée... Vous reviendrez l'année prochaine, a été le verdict. L'année suivante, j'ai réussi le concours de l'École Tchoukine, auprès du Théâtre Vakhtangov, à Moscou. Je prenais plaisir à étudier chaque matière : danse,rythmique, déclamation, diction, artartistique, mouvement scénique, plastique, escrime, solfège, technique vocale. Ces matières s'ajoutaient aux cours généraux : histoire de littérature étrangère art et littérature russe, artistiques, français, histoire universelle, esthétique, communisme scientifique, histoire du Parti Communiste de l'Union Soviétique, économie politique... Durant mon temps libre, je lisais, courais voir les ballets dans lesquels dansait Maïa Plissetskaia avec qui j'avais des amis communs et qui me réservait toujours des invitations... Je ne ratais aucun spectacle de Peter Brook, de Maurice Béjart ou de Peter Schtein. J'étais une habituée de toutes les expositions d'art à Krymsky (la galerie d'art du passage de Crimée, la plus prisée à l'époque), des projections de films à la Maison du Cinéma ... (1) L'institut Théâtral et Cinématographique de Leningrad A l'École Tchoukhine, j'interprétais surtout des rôles classiques : Elena Andreevna dans la pièce de Tchekhov Oncle Vania, Olivia dans la pièce de Shakespeare
Potographies©Evgenia Minkovich